" Le coeur remue avec le sang chaud "

 Entrer dans le département le plus difficile de l’Institut d'aviation de Moscou, puis passer le concours et entrer au conservatoire. Prévoir de devenir professeur de chant, mais se retrouver soliste au théâtre du Bolchoï et recevoir le titre d’artiste du peuple de la Russie. Jouer avec brio les soirs de première dans des rôles pour lesquels il n'y avait pratiquement pas eu de répétitions sur scène. Et à soixante ans, continuer à participer à de nombreux festivals internationaux. Irina Dolzhenko dégage toujours cette énergie pour laquelle le public a tant aimé ses héroïnes d'opéra controversées.

- Vous avez chanté sur les scènes des opéras du monde entier. Seriez-vous capable de reconnaître l'acoustique du théâtre Bolchoï les yeux fermés ?

I.D. Maintenant, l'acoustique du Théâtre Bolchoï est un peu différente, alors qu'auparavant nous l'entendions et la ressentions vraiment. L'acoustique du Bolchoï est telle qu'elle agrémente la voix en même temps que l'orchestre. Tu as la sensation de flotter juste au-dessus de l'auditorium. L'orchestre est en bas, le chanteur est sur scène, il y a 120 personnes dans l'orchestre, l'interprète est seul, et parmi toutes ces différentes "catégories de poids" musicales, la voix est mise en valeur. C'est un sentiment incroyable !

Nous connaissons les endroits où la voix du chanteur d'opéra peut être le mieux entendue. Nos mentors du théâtre Bolchoï nous l’avaient expliqué, et maintenant nous éduquons nous-mêmes les jeunes artistes. Lorsque vous montez sur scène au Bolchoï, le premier sentiment que vous éprouvez est une trépidation à l'idée de chanter sur une scène aussi grande, aussi chère et aussi appréciée. Et comprendre que l'acoustique de la salle aide grandement. 

Parmi les théâtres modernes, je peux dire que l'acoustique du Deutsche Oper de Berlin est remarquable, sans parler des immenses salles japonaises et américaines qui sont utilisées pour toutes sortes de spectacles. L'acoustique y est artificielle, bien sûr, mais très bonne.

- Les danseurs de ballet s'habituent à la scène du théâtre Bolchoï dès leur enfance, lorsqu'ils participent à des spectacles de l’académie de ballet, tandis que les chanteurs d'opéra y montent seulement à l'âge adulte. Il vous a fallu du temps pour vous y habituer ?

I.D Non, c'est impossible de s'habituer à la scène, c'est toujours différent. Chaque représentation se ressent comme si ça avait été la première, même si vous avez déjà joué plusieurs fois dans un spectacle. 

C’est une scène singulière. Elle n’aime pas les productions modernes, elles passent mal dessus. Elle les rejette et les transfère sur la nouvelle scène du Bolshoï. C’est le théâtre lui-même qui les rejette, non pas des personnes en particulier, aussi paradoxal que cela puisse sembler. 

- Si le théâtre Bolchoï a une « âme » propre, essayons de l’imaginer. Quel genre de personne serait-ce ?

I.D. Avec du caractère ! Mais qui vous accepte et vous soutient lorsque vous vous donnez à fond sur scène. Mais actuellement, il me semble que les jeunes chanteurs ont du mal à sentir si la scène les accepte ou non. 

Le fait est que de nos jours il y a très peu de répétitions sur scène ; nous n'avons pas le temps de nous nourrir de la joie de répéter sur scène. Or, c'est très important non seulement que vous acceptiez votre rôle mais aussi que le rôle vous accepte, quand cet incroyable espace théâtral se rempli de votre énergie.

Avant on prenait plus de temps pour intégrer de nouveaux spectacles, on le répétait beaucoup et souvent sur scène. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins le cas et, bien sûr, il est plus difficile pour les jeunes d’appréhender l'atmosphère du Bolchoï, de la ressentir et de commencer à interagir avec elle.

- Personne ne peut oublier sa première sortie sur la scène du Bolchoï. Parlez-nous de la vôtre.

I.D C'était très émouvant. En 1995, j'ai été invitée de manière tout à fait inattendue à interpréter le rôle de Cherubino dans « Les Noces de Figaro » de Mozart. C’est en effet juste de dire que je n’avais pas assisté à beaucoup de répétitions. Le spectacle avait déjà fait son début, mais l'interprète du rôle de Cherubino avait été emmenée à l'hôpital. Il se trouvait que je connaissais le rôle en italien, car je l'avais déjà chanté au festival de Schoenbrunn à Vienne. À cette époque, le théâtre Bolchoï mettait en scène « Les Noces de Figaro » entièrement en italien pour la première fois.

Je sortais tout juste d'un congé maternité lorsque le premier chef d'orchestre du théâtre Bolchoï m'a appelée depuis le bureau du théâtre et m'a demandé de me souvenir du rôle et de venir directement aux répétitions. Tout s'est passé si vite, comme si quelqu'un dirigeait ma vie depuis le paradis.

- Si, après avoir donné naissance, vous teniez le rôle d'un jeune berger, cela veut dire que vous n’aviez pas non plus perdu votre silhouette ?

I.D Je ne suis pas restée longtemps en congés maternité. Onze jours seulement, et puis je suis immédiatement remontée sur la scène du Théâtre académique d'État pour enfants de Moscou dans « La Nuit des rois ». J’ai eu la chance de garder ma forme. 

- Et comment s'est déroulée votre représentation de "Cherubino" sur la scène du Bolchoï ?

I.D. J'étais tellement excitée que je n'ai même pas compris si ce fut bien ou mal. Après tout, la performance est si gaie, si pétillante. Je n'avais pas encore eu le temps de me lier d'amitié avec mes partenaires de scène, mais je connaissais déjà beaucoup d'entre eux. Marina Meshcheryakova chantait, Maria Gavrilova dans le rôle de la comtesse, Natasha Pustovai, Marina Kalinina, qui attendait alors un enfant à l'époque. Et maintenant nos enfants sont tous grands, et la fille de Maria, Lisa chante déjà au Bolchoï. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir eu ce rôle merveilleux et d’avoir commencé à travailler au théâtre Bolshoi.

- S'il y a du talent et qu’on travaille dur, il y a forcément des chances. Y a-t-il des compositeurs qui ont joué un rôle particulier dans votre vie créative ?

I.D. Oh oui, j’ai vécu des moments fantastiques grâce aux opéras de Tchaïkovski au Théâtre Bolchoï. Une fois, j'ai dû apprendre le rôle de Lioubov de « Mazeppa » en une seule nuit. Sans avoir vu le spectacle, seulement en l’ayant discuté, j’ai joué le rôle lors d'une projection presse sans aucune répétition préalable.  

Une situation similaire s'est produite avec l'opéra « L'Oprichnik ». Je venais d'arriver et je n'avais pas assisté aux répétitions, mais au moins je connaissais déjà le rôle. Je suis donc allée à la projection presse, presque la soirée d'ouverture, sans une seule répétition.

Ou encore un autre cas. Dans « La Dame de pique », j'avais toujours chanté Polina, mais quelqu'un est tombé malade, et j'ai appris le rôle de la gouvernante directement sur la partition, et je l'ai immédiatement chanté sur la scène du Bolchoï. Et aussi, à un moment, j'ai dû jouer la plus récente production du « Troubadour », également sans l’avoir répétée et sans avoir vu aucun partenaire de scène au préalable. Le chef d'orchestre et le metteur en scène ont travaillé avec moi pour que je sache au moins quoi faire et où aller. Mais avant cela, je n’avais interprété le rôle qu’une seule fois lors d'un concert en Allemagne.

La représentation a été très réussie, et dans l'auditorium personne n'a rien remarqué. En général, au Bolchoï, il n'était pas rare que je doive apprendre quelque chose et monter directement après sur scène. Je chante sur scène, et ce n'est qu’après qu’on commence à répéter avec moi la prochaine représentation. 

- Les psychologues savent que, dans des situations extrêmes, certaines personnes sont complètement perdues, alors que d'autres, au contraire, se mobilisent instantanément. D’où tenez-vous cette résilience face au stress ?

I.D Je pense que je n'ai pas une plus grande résistance au stress, mais plutôt un plus haut niveau de responsabilité. Si je fais une promesse, je la tiens toujours. Et ce, depuis l'enfance. Un vrai ‘’bosseur’’, toujours prêt à aider si je le peux et que je l'ai promis. Et, bien sûr, j'aime beaucoup la scène, il m'est donc facile de "négocier" avec elle.

- Vous enseignez également depuis longtemps à L'Académie russe de musique Gnessine. Avez-vous la possibilité de choisir vous-même vos élèves ?

I.D Non, il n'y a pas de choix possible, et vous devez accorder la plus grande attention à chaque élève. Et lorsque des chanteurs déjà établis me demandent conseil, j'essaie également de faire de mon mieux, même si je ne me considère jamais comme leur mentor. Ils ont déjà appris, ils ont eu leurs propres professeurs, et si je dois peaufiner quelque chose, je ne m'attribue pas le mérite de quelqu'un d'autre. Je veux juste les aider à atteindre de nouveaux sommets. Même mon nom de famille m'y oblige - Dolzhenko signifie « devoir».

- C’est avec le même sentiment de responsabilité que vous gérez un festival d’opéra en Italie. De nos jours, quel pays organise les meilleurs festivals d'opéra ?

I.D Je pense que le niveau s’est harmonisé, et qu'il existe désormais des programmes solides partout. Je dirais même qu'aujourd'hui, en Italie, il y a parfois des événements de moindre envergure qu'en Russie, car il y a moins de financement. En Russie, vous pouvez apprécier les chanteurs d'opéra qui se produisent en compagnie des meilleurs orchestres professionnels. Concrètement, notre festival italien est davantage axé sur les concerts dans les cathédrales. S'il y a des orchestres présents lors de certaines représentations, ils sont pour la plupart assemblés de divers musiciens indépendants, et cela se ressent.

D'autre part, je pense que notre festival effectue un travail de sensibilisation très important, sur la base duquel nous sommes sur le point de lancer un grand projet pour les immigrants. Les personnes qui arrivent dans un pays étranger se sentent souvent isolées, or la culture à la capacité d’unir tout le monde.

Nous voulons essayer de trouver dans différents pays européens des formats qui plairont aux personnes de différentes nationalités. Il ne s'agit pas seulement de musique, mais aussi de théâtre, de cinéma, de peinture... Nous essayons également d'impliquer les migrants eux-mêmes, car beaucoup de personnes talentueuses viennent ici mais se sentent perdues et n’engagent pas dans un travail créatif. Ils vivent souvent dans des enclaves séparées et ne sont pas du tout visibles dans la vie culturelle du pays.

Jusqu'à présent, nous travaillons avec six pays : l'Italie, la Lettonie, l'Estonie, la Lituanie, la France et l'Allemagne. Ce festival a été créé non seulement pour les émigrants russophones, mais pour tous ceux qui veulent prendre part à l’univers de l'opéra et de la musique classique.

Je suis peut-être optimiste, mais on a le sentiment que l'intérêt pour l'opéra connaît actuellement une renaissance. Est-ce le cas ? 

I.D. Je l'espère. Vous pouvez très clairement voir que beaucoup plus de jeunes assistent aux spectacles. L'opéra a suscité un regain d'intérêt en Russie, en grande partie grâce à Anna Netrebko, et les gens sont désormais beaucoup plus nombreux à fréquenter les théâtres.

Les gens ont commencé à s'intéresser, à écouter, à suivre les premières d'opéra et même à se déplacer pour aller voir des représentations à travers la Russie. Je travaillais avec la compagnie du Théâtre d'État d'Opéra et Ballet de Krasnoïarsk, et lorsque nous avons eu la première de « Troubadour », un grand nombre de spectateurs étaient venus de Moscou pour y assister.

C'est très important si le public est intéressé et impliqué : « Quand a lieu le festival à Krasnoïarsk ? Quand aura lieu la prochaine compétition à Krasnoïarsk ? ». Ou un autre exemple. Il n'y a pas si longtemps « le gratin moscovite » est venu voir la production de Konstantin Bogomolov au Théâtre d'Opéra et de Ballet d'État de Perm. Et laissons les critiques juger, c'est leur droit, mais la musique reste toujours la musique. L’opéra attire de plus en plus de personnes dans son orbite, et cette immersion dans la grande musique porte ses fruits. 

Auparavant, au Théâtre académique d'État pour enfants de Moscou, où j'ai travaillé pendant plus de dix ans, nous formions le futur public d'opéra dès son plus jeune âge. Les parents emmenaient leurs enfants à leurs premiers spectacles musicaux dès l'âge de trois ans. Lorsque ces enfants ont grandi, ils ne pouvaient pas imaginer leur vie sans aller au théâtre, et ils étaient très éduqués dans la matière. Ce public-là est à notre diapason. Et combien d'entre eux sont devenu critiques professionnels ! 

- Comment les professionnels perçoivent-ils le travail des critiques ? Est-ce que c’est irritant pour vous – « essayez vous-même pour voir » - ou au contraire ça vous aide ? 

I.D. Je pense que la critique professionnelle doit exister. Mais en même temps, l'interprète ou le réalisateur doivent aussi faire preuve d'esprit critique. Vous ne devez pas abaisser votre niveau. De plus, il doit y avoir une compréhension et une confiance mutuelle totale lors de la mise en scène d'un spectacle.

Après tout, il arrive qu'un metteur en scène vienne et dise : « Je veux que ce soit comme ça », alors qu'un acteur expérimenté sait qu'il y a beaucoup d’éléments qui font qu’il serait mieux de faire les choses différemment. Mais de nos jours, ce n'est pas la norme de discuter avec les directeurs. Je ne sais pas si c’est une bonne chose, mais il était possible de discuter avec le grand Pokrovsky, alors même qu’il arrangeait si magistralement la mise en scène que chacune des notes atteignait le public. 

Aujourd’hui on n’y prête pas toujours l’attention qu’il faut. On se dit, bon on n’entend pas trop mal et on allumera les enceintes de sonorisation. Mais si vous abaissez votre niveau, si vous prenez le chemin plus facile, alors il vous faudra écouter la critique qui vient de l’intérieur. Et cela peut être très difficile parfois.

On ne peut pas avoir une attitude consumériste vis-à-vis de l'opéra et dire « je mets en scène ce que je veux, comme je le veux ! » Oui, si cela vous plaît, mais trouvez d'abord un nouveau morceau ou écrivez-le vous-même, plutôt que de vous exprimer au détriment de quelque chose qui est aimé depuis des siècles.

Par exemple, dans toutes ses expériences, Dmitry Chernyakov n'enlève jamais une seule note, il ne la tourne jamais à l'envers. Son travail est original, mais du début à la fin c'est une œuvre cohérente. Mais dans d’autres cas, on ne sait pas très bien de quoi il s'agit, et on ne sait pas très bien dans quel but il a été décidé de rajouter des accessoires en quantité énorme, et à cause desquels on n'entend pas les voix elles-mêmes.

Il arrive dans certaines productions contemporaines que l'acteur joue un rôle alors que quelque chose de totalement déconnecté se passe simultanément sur scène, et c’est au pauvre spectateur de digérer tout ça. C'est ce qui s'est passé avec « Snégourotchka » dans la production de Titel. Seuls les étrangers en profitaient, car ils ne comprenaient pas les paroles, ils écoutaient simplement la belle musique. 

Un artiste chante la beauté d’un palais, et sur scène - un chariot rouillé. Une aria sur l’amour et les fleurs, et tout autour, un espace brûlé et des couvertures sales. « L’Eté » arrive avec un sac à dos et en costume de travail, se change, puis va aux bains publics. Comment dans un tel décor prendre au sérieux les mots d'amour chantés ? 

- L'opéra classique devrait être une célébration de la vie, nous avons suffisamment de noirceur au quotidien et dans d’autres médiums artistiques

I.D. Bien sûr, on peut toujours faire quelque chose d'original, mais pas au Théâtre Bolchoï. Ce n'est pas une coïncidence si de telles productions sont retirées si rapidement. Ce n'est pas à cause des machinations de qui que ce soit, c'est simplement le public lui-même qui les rejette.

- Pour faire simple, personne ne s'attend à manger un hamburger plein de cholestérol dans un restaurant trois étoiles. Et si on en veut un, il y a beaucoup d'autres endroits où on peut en trouver. 

I.D. Oui, le côté esthétique est extrêmement important au Théâtre Bolchoï. Certaines productions « hooliganes » seraient bien plus adéquates sur une scène moderne que dans un décor historique.  Cependant, même une scène complètement dépouillée peut être ennoblie, s’il y a une volonté, pour un coût assez faible. 

Récemment, j'ai vu une mise en scène italienne d'« Aïda » sans aucun décor, juste une vidéo projetée. Mais ils l'ont fait si habilement que la performance était époustouflante. Trois écrans et rien d'autre.

- La technologie moderne au service de voix phénoménales

I.D. Exactement ! Et les costumes étaient magnifiques, faits à la main. Le résultat fut une performance spectaculaire, à couper le souffle. Or le tout s'est déroulé non pas dans un lieu très célèbre, mais dans un petit théâtre régional génois, dont la direction se distingue par son bon goût.

- En vous regardant, on peut supposer que vous avez d'excellents gènes car votre visage ne reflète ni le stress des performances compliquées ni la fatigue des longues tournées.

I.D. J'ai effectivement de bons gènes. Nous vivions en Ouzbékistan. Mon père et ma mère étaient ingénieurs, la grand-mère de ma mère était pianiste et la grand-mère du côté de mon père était chef du département de la planification au Conseil national de l’économie de l'Ouzbékistan. C'était un poste très sérieux à l'époque. Quand ses collègues l’appelaient pour le travail, et qu’ils tombaient sur moi, gamine, ils devaient préalablement écouter une chanson. Je me mettais immédiatement à chanter, surtout « Le Tocsin de Buchenwald » et « Le Chat Noir ». Et ça à l'âge de trois ou quatre ans !

- Quel répertoire vous aviez ! Depuis votre enfance, tout le monde autour de vous vous qualifiait d'artiste ?

I. D. Non, jamais. Ma cousine germaine avait fréquenté une école musicale à Leningrad, puis un conservatoire, avec une spécialisation piano, et on lui promettait un grand avenir artistique.

Je jouais aussi du piano et j'adorais organiser des concerts à la maison, mais je faisais tout cela pour le plaisir. Tout le monde dans notre famille appréciait la créativité. Un de mes grand-père était artiste, son père était réalisateur, et le -frère de mon grand-père est devenu acteur au théâtre Maly.

- Les voix d'opéra sont si uniques que parfois, on ne peut même pas dire que l'on apprend de quelqu'un. Mais on a tous des influences, quelles étaient les vôtres ?

Grâce aux enregistrements d'Irene Arkhipova, j’apprenais simplement à chanter, bien que j'aie eu un très bon professeur en Ouzbékistan Rosa Yusupova, qui avait jadis étudié auprès de Dora Belyavskaya. J'ai généralement eu la chance d'avoir croisé des personnalités brillantes au cours de ma vie. Par exemple, j'ai étudié sous Yelena Obraztsova lorsque je chantais encore au théâtre Stanislavsky et Nemirovich-Danchenko.

Vous développez votre voix vous-même en apprenant des meilleurs. Mais je n'avais pas l'intention de me produire en concert, mon rêve était de travailler comme coach vocal. Ainsi, au conservatoire, j'ai été autorisée à assister aux cours des meilleurs professeurs, locaux ou invités, pour observer leur travail.

Et puis tout s'est enchaîné, j'ai participé à un concours, puis au suivant... J'ai alors décidé que je deviendrais peut-être soliste spécialisée dans la musique de chambre. Mais tout d'un coup, j'ai reçu une invitation au Théâtre académique d'État pour enfants de Moscou et ma vie était toute tracée.

Là – bas ils ont fait de moi une artiste ; c’est là où j'ai véritablement appris à jouer sur scène. Natalya Ilyinichna Sats m’aimait bien, alors j'ai voulu tout apprendre. Passer du conservatoire de Tachkent au théâtre de Moscou à l'âge de vingt ans est une chance incroyable. 

- Vous avez donc appris toute votre vie. Qu’est ce que vous souhaiteriez apprendre d'autre ?

I.D. Pendant le confinement, j'ai dû maîtriser des nouvelles techniques pour pouvoir travailler à distance avec mes étudiants. Ce n'était pas si difficile pour moi, puisque je suis diplômé d'une école de physique et de mathématiques. Si quelque chose se casse, je peux aussi réparer des appareils électriques. De nos jours, vous devez apprendre à maîtriser de nouveaux programmes, vous ne pouvez pas vous contenter de rester assis et de dire : « Je ne vais pas le faire ».

- Le côté gauche du cerveau humain est responsable de la créativité, et le côté droit de la pensée analytique. Il s’avère que chez vous tout s’est développé en harmonie. Que nous reste- t- il a vous souhaiter ? 

I.D. Enfin maitriser les langues étrangères ! Je peux chanter en trois langues, mais je voudrais les parler couramment. J'ai beaucoup chanté en allemand lors de concerts en Autriche et en Allemagne, et je me produis régulièrement en italien, mais j'aimerais bien améliorer mon niveau conversationnel. Et, bien sûr, parler couramment français !

 

PHOTO©:: Damir Yusupov